VIE ET MORT DU RESEAU « PAT O’LEARY »

A PONTIVY ET ROSTRENEN

A l’origine du réseau « Pat O’Leary »

Ce qui deviendrait le réseau « Pat O’Leary » fut l’origine une filière d’évasion créée par le capitaine de l’armée écossaise Ian Grant Garrow. Celui-ci avait été fait prisonnier, le 17 juin 1940 en Normandie, interné à Chateauroux puis transféré le 1 octobre 1940 , après une tentative d’évasion, au fort Saint Jean Marseille. Dans cette ville, bénéficiant d’un régime de «semi-liberté», il fit la connaissance d’un courtier maritime, Louis Henri Nouveau, alias « Saint Jean», gaulliste et anglophile qui l’aida mettre en place cette filière, organisant les passages par les Pyrénées (1). En effet, Ian Garrow avait réussi à obtenir un contact avec le consul britannique de Barcelone, et par son intermédiaire avec l’Intelligence Service britannique qui avait créé une section spéciale, le Military Intelligence 9, chargé de communiquer avec les filières d’évasion. De plus des agents du M.I.9 prenaient en charge les évadés sur le territoire espagnol jusqu’ à Gibraltar. Bientôt Ian Garrow parvint à organiser des relais de convoyeurs à partir du nord de la France, pour aider des militaires évadés, et notamment des aviateurs à rejoindre Marseille, via Vierzon. Parmi ces convoyeurs, se trouvait le sergent anglais Harold Cole alias « Paul », resté en France après Dunkerque. Parmi ceux que la filière aida à s’évader se trouva Albert Guérisse. Cet ancien médecin militaire dans un corps de cavalerie de l’armée belge en 1940, avait réussi rejoindre Gibraltar après la capitulation de la Belgique et s’était engagé dans la Royal Navy. Là, il reçut le patronyme irlandais de Pat O’Leary, sous lequel il servit comme Lieutenant Colonel avant de devenir agent du S.O.E, chargé de missions sur la côte méditerranéenne, entre Perpignan et Toulon. Au cours d’une de ses missions, Albert Guérisse-Pat O’Leary fut arrêté, emprisonné au camp de Saint-Hippolyte-du-Fort d’où il s’évada promptement avec l’aide de l’organisation de lan Garrow. Compte tenu de la parfaite maîtrise de la langue française d’ Albert Guérisse et de son entraînement d’agent secret, Ian Grant Garrow obtint que celui-ci fût intégré à son réseau en juin 1941.

L’arrestation de Ian Grant Garrow en juillet 1941, à Marseille (2), puis la trahison de Harold Cole (3) fin 1941, qui conduisit l’arrestation de quelques cinquante membres du réseau dans le Nord de la France, entraîna une réorganisation du réseau dont « Pat O’Leary » prit la direction. Par ailleurs, le Military Intelligence 9, ayant constaté les difficultés rencontrées pour le convoyage des militaires évadés travers l’Espagne, avait décidé de s’orienter vers la mise en place de départs maritimes partir des cotes françaises. Le réseau « Pat O’Leary » reçut une assistance notable de ce service britannique pour organiser des opérations par mer effectuées partir de la plage du Canet dans les Pyrénées-Orientales avec la participation du chalutier polonais Tarana, opérations qui débutèrent en avril 1942.

Le développement du réseau Pat O’Leary en Bretagne

Louis Henri Nouveau, alias «Saint-Jean », estimait qu’il était important de chercher développer le réseau sur la Bretagne.

En effet, victimes de la défense anti-aérienne allemande dense et très efficace qui protégeait la base sous-marine de Lorient et les vastes ensembles portuaires de Brest et de Saint-Nazaire, de nombreux aviateurs alliés étaient contraints d’abandonner leurs appareils en perdition au-dessus de la péninsule armoricaine. ( 4)

Beaucoup parvenaient à échapper aux recherches des Allemands grâce l’aide spontanée de la population, mais aussi de membres de réseaux comme le docteur Vourch appartenant au réseau « Johny». Connue des dirigeants du réseau « Pat O’Leary », l’aventure de l’aviateur Albert Leslie Wright, qui survécut au crash de son avion, le 31 janvier 1942, près du village de Saint Renan dans le Finistè re, et parvint jusqu’au consulat américain de Lyon où il fut pris en charge pour passer en Suisse, les conforta dans leur projet.

Après deux voyages sans résultat en Bretagne, fin 1942, Louis Henri Nouveau obtenait d’un agent de la filière Nord du réseau, Norbert Fillerin, l’adresse de Pierre Ropert à Pontivy. Celui-ci, grand blessé de la guerre 1914-1918, commerçant place du Martray, était décrit par Fillerin comme un patriote en qui on pouvait avoir confiance, pour avoir accueilli, à deux reprises, un moine originaire de Pontivy dont le couvent se trouvait en Belgique, et l’avoir aidé repartir vers son pays. Aussi, début janvier 1943, selon le récit qu’il fit lui-même de ce séjour, Louis Henri Nouveau décidait-il un troisiè me voyage en Bretagne, accompagné d’un autre membre du réseau, Alex Watteblet alias« Jacques l’ami d’Achille ».Les deux hommes se séparaient à Rennes, Alex Watteblet devant prospecter le nord-est de la Bretagne, c’est-à -dire un secteur compris entre Rennes, Fougères et Saint-Malo, tandis que Louis Henri Nouveau- «Saint Jean » se rendait à Pontivy.

La formation d’une filière du réseau sur Pontivy :

Pierre Ropert acceptait immédiatement d’aider « Saint Jean » et l’hébergeait dans sa maison, dans un grenier qui donnait sur une cour, derriè re son magasin. Puis, il le mettait en contact avec ses amis dont il connaissait le refus de la collaboration avec l’occupant. Ainsi, « Saint Jean» rencontrait-il tout d’abord le commissaire de police Henri Loch. Lieutenant de réserve, celui-ci avait été fait prisonnier dans la ligne Maginot le ler juillet 1940. Il s’était évadé à la fin du même mois d’un camp en Alsace. Informé par « Saint Jean » de son projet de constituer une organisation de récupération d’aviateurs en Bretagne, celui-ci accepta également immédiatement de s’associer à cette tâche, pouvant non seulement fournir des renseignements sur ce qui se passait Pontivy et dans les environs, mais aussi des vrais-faux papiers d’identité pour les aviateurs qu’il faudrait convoyer. Enfin, dans les jours qui suivirent cette première rencontre, le commissaire Loch présentait à « Saint Jean », son voisin de palier, Henri Clément, directeur de l’Autocarbone.

Or, selon le témoignage de Louis-Henri Nouveau- Saint Jean, dans ses mémoires « Des Capitaines par milliers », « Clément avait noyauté les ouvriers de sa scierie dont il était sûr et, par eux, quelques bûcherons. Il y avait donc, dans les fermes autour de Pontivy même, pas mal de gens qui, dans le cas où un avion serait abattu dans les environs, feraient tout ce qu’ils pourraient pour retrouver, nous amener et nous aider à cacher les aviateurs rescapés ». De plus, il pourrait mettre disposition du réseau le camion de son entreprise pour transporter des aviateurs, ce d’autant plus que le chauffeur , Joseph Jégard, avait lui aussi accepté d’entrer dans le réseau. Pierre Ropert mit aussi « Saint Jean » en relation avec l’abbé Joseph Martin à qui il louait une chambre. Celui-ci rejoignait le réseau et quelques jours plus tard, y faisait entrer l’abbé Foucraud qui, à son tour, allait proposer deux de ses amis : l’abbé Audo, vicaire, qui avait déjà fait du contre-espionnage en Belgique au cours de la guerre 1914-1918 et Louis Le Frapper, armurier, Place du Martray, face au magasin de Ropert à Pontivy.

Selon Louis-Henri Nouveau- Saint Jean, au cours d’un des entretiens qu’il eut avec l’abbé Foucraud et l’abbé Audo, ce dernier se faisait préciser ce que devait être son action. Ce même jour, l’abbé Audo prenait sa bicyclette et commençait recruter à Saint-Gérand, Saint-Gonnery, Croixanvec, Stival, et au Sourn, des « correspondants » qui acceptaient, non seulement de signaler la présence d’avions abattus, mais également de cacher les aviateurs dans l’attente de leur prise en charge par le réseau. Enfin, le propriétaire de l’hôtel-restaurant des Voyageurs, André Weinzaepflen entrait à son tour dans l’organisation.

Par le truchement de Loch et de Ropert, Louis Nouveau obtint aussi le concours de Maître Yves Kerrand, notaire à Locminé et de Jean-Marie Thomas, en religion, père Gwenaël, cellérier de l’Abbaye de Timadeuc en Bréhan-Loudéac. Ces deux hommes pouvaient en effet, soit auprès de fermiers des environs de Locminé, soit dans l’ Abbaye même, constituer un premier refuge pour aviateurs, agents secrets ou toute personne en fuite.

La formation d’une seconde filière du réseau sur Rostrenen :

«Saint Jean» constituait ainsi les bases du réseau en Bretagne, au moment même où, en cette fin janvier début février 1943, les bombardements de l’aviation alliée sur Lorient s’intensifiant, des avions, touchés par la D.C.A., étaient tombés, au retour de leur mission, sur l’ouest de la Bretagne. Aussi décidait-il de se rendre à Rostrenen, pour reprendre contact avec des sympathisants du réseau. Ainsi apprenait-il que deux aviateurs anglais étaient tombés dans les environs. Il parvenait en entrer en relation avec M. Le Bec, minotier au Moulin de La Pie, treize kilomètres à l’ouest de Rostrenen, sur la route de Carhaix, qui acceptait de le conduire auprès de Georges Jouanjean, alias «Geo», chef d’un groupe de résistants local. Celui-ci s’était réfugié avec les deux aviateurs, chez son beau-frère Raymond Cougard, à Gourin. «Saint Jean» parvenait convaincre ses interlocuteurs, non seulement du rôle du réseau Pat’O Leary dans les évasions d’aviateurs anglais via l’Espagne ou partir du port du Canet, mais aussi du sérieux de la mise en place d’une antenne du réseau à Pontivy, avec notamment la possibilité d’obtenir rapidement de faux papiers. Georges Jouanjean acceptait de rejoindre le réseau avec les membres de son groupe. Plus, George Jouanjean alias «Géo» acceptait de prendre le commandement de l’organisation pour l’ensemble de la Bretagne. «Saint Jean» lui indiquait alors la nature de ses contacts à Pontivy, lui donnait deux adresses à Paris, dont celle des époux Levêque, alias « Ulysse » ainsi que le mot de passe : « Tu as le bonjour de John Peter », et lui annonçait la visite prochaine de deux convoyeurs du réseau, Jean Bach alias « Sébastien » et Alex Wattebled-« Jacques ».

Une première mission couronnée de succès :

Concernant les deux aviateurs, il était décidé de les conduire à Pontivy, où ils étaient hébergés par l’abbé Martin, puis pris en charge par Jean Bach, qui les convoyait jusqu’ à Paris. Là, les deux aviateurs ramenés de Pontivy, plus deux autres venus du Nord étaient remis pour les conduire à Toulouse à Roger Le Neveu alias «Le Légionnaire» et à Jean Weidt alias « Double Mètre», surnom dû à sa grande taille, plus d’1 m 90. Quand, de retour à Paris, le 8 février 1943, « Saint-Jean» apprit de ces derniers que le voyage jusqu’ à Toulouse avait réussi, il écarta les soupçons nés de l’échec de la première mission confiée à Roger Le Neveu, fin janvier.

En effet, «Le Légionnaire», avait été recruté, début janvier 1943, par Louis Henri Nouveau, comme convoyeur d’aviateurs sur la ligne Paris-Toulouse. Or, dès la fin de ce mois, ce dernier, lui avait confié la mission de convoyer, seul, un aviateur australien vers Toulouse. Roger Le Neveu avait échoué. Il avait expliqué qu’ en gare de Tours, le pilote et lui auraient été arrêtés, lui seul parvenant à s’enfuir. Ce premier échec fut donc mis sur le manque d’expérience et non imputé à une trahison, ce d’autant plus que Roger Le Neveu, ancien légionnaire, avait prétendu être fiancé à une jeune fille détenue en Allemagne dont le frère, Barlier, avait été fusillé en 1941 avec le commandant d’Estienne d’Orves. Histoire confirmée par une autre membre du réseau Paulette Glauber, considérée comme une personne sûre puisque Louis Henri Nouveau lui-même logeait chez elle, Paris, rue Yvonne-Villarceau.

L’infiltration de Roger Le Neveu et les effets dévastateurs de celle-ci entre février et octobre 1943.

Le convoyage réussi de ces deux aviateurs recueillis par Georges Jouanjean conforta donc les membres du réseau Pat O’Leary en Bretagne dans leur mission.

Ce d’autant plus que Georges Jouanjean venait d’entrer en relation avec les époux de Poulpiquet, demeurant Quéméneven qui hébergeaient dans leur propriété cinq aviateurs, Charles Grice, Val Hannon, Wilburg Hummel, Edward Levering et Francis Sulcowski, sans pouvoir les évacuer (5). Dès le 10 février 1943, Géo Jouanjean et son beau frère Raymond Cougard partaient en voiture chercher les cinq Américains à Quéménéven pour les ramener sur Pontivy où Jean Bach alias «Sébastien» était de retour. Le 11 février, « Sébastien» adressait «Saint-Jean » une carte postale lui annonçant qu’il arriverait Paris le 13 février, accompagné de « quelques amis ».

Or, le réseau venait d’expérimenter un passage facile de la ligne de démarcation par Loches, grâce la collaboration d’un huissier, M. Gérard. « On allait jusqu’ à Saint-Pierre-des-Corps ; on prenait un petit train ; on descendait à la troisième ou quatrième station et il n’y avait que quelques centaines de mètres à marcher sans aucun risque… pour franchir la ligne, dans une région peu surveillée et où l’on était bien masqué par des buissons et des arbres. Un camion, avec Gérard, attendait de l’autre côté et vous menait à Loches où l’on pouvait passer la nuit chez les Gérard. » Passage que Roger Le Neveu venait de «vérifier », parvenant, de surcroît, à convaincre l’épouse de l’huissier venir avec lui à Paris pour rencontrer Louis Henri Nouveau -« Saint Jean ». Ce dernier décidait de convoyer lui même les 5 aviateurs, en compagnie de Jean Weidt- « Double Mètre » et de Mme Gérard. Toutefois, Roger Le Neveu assistait, et la réception des aviateurs conduits par « Sébastien» et Georges Jouanjean, Gare Montparmasse, le 13 février, et à leur départ, Gare d’Auterlitz, le 14 février 1943 à 10 heures. Arrivés, à Saint Pierre des Corps, à peine les trois membres du réseau et les cinq aviateurs avaient-ils pris place, dans le petit train, dont ils attendaient le départ, que Louis Henri Nouveau « sentit un objet dur heurter ses côtes — le canon d’un revolver , et une voix Iui dit, avec un très léger accent allemand :Les mains en l’air, fous tes faits J’eus une impression de chute horrible, l’impression d’ tre dans un ascenseur dont le câble casse Je mis les mains en l’air… Il y eut du brouhaha dans le wagon ; les policiers allemands, en civil, révolver au poing montaient. Je sentais toujours le canon du révolver contre mes côtes. Dans une angoisse plus violente encore que le désespoir, je me vis tomber dans un désastre irréparable, si irréparable que j’essayai, sans y parvenir, de ne penser rien pour ne pas réaliser que tout était fini. » ( opus cité page 388 )

Puis, début mars 1943, Roger Le Neveu faisait arrêter , dans un bar à Toulouse, Albert Guérisse chef du réseau « Pat O’Leary » et deux autres agents, Fabien de Cortès et Paulette Gastou. Albert Guérisse était venu préparer un convoyage avec la filière de Toulouse dirigée par Françoise Dissart. Les trois prisonniers étaient interrogés par la Gestapo et les services de l’Abwer, d’abord Marseille, puis transférés Paris. Toutefois, lors de leur transfert vers Paris, Fabien de Cortès parvenait à sauter par la fenêtre du train. Grâce aux membres du réseau ayant échappé aux arrestations, de Cortès rejoignait Genève où l’agent du M.I. 9, Victor, transmettait immédiatement un message à Londres « Fabien requests orders to be sent all organisation to shoot at sight Roger Le Neveu or Roger Le Légionnaire Stop. Roger may be associate of Cole, repeat Cole. Stop. Airey NEAVE, Saturday at M.I. 9. p. 121. Fabien demande que l’on transmette toute l’organisation l’ordre de tirer vue sur Roger Le Neveu ou Roger Le Légionnaire. Stop. Il se peut que Roger soit complice de Cole, je rép te de Cole. Stop. Terminé ». Un rapport détaillé suivit. Le M.I 9 se trouvait, dès lors, en mesure d’alerter l’ensemble des filières d’évasion sur les dangers présentés par Roger Le Neveu.( 6)

Or, les arrestations de «Saint-Jean » et de «Pat O’Leary», ainsi que la nature de l’activité de Le Neveu restèrent totalement ignorées en Bretagne jusqu’en Juin 2013. Manque de transmission d’information concernant les agissements de Roger Le Neveu, d’autant plus étonnant qu’aux dires de Georges Jouanjean , ceux-ci auraient dû être connus de Val Williams- « Guillaume », chef de la mission Oaktree, parachuté fin mars 1943, mission qui avait pour objet, notamment, de reconstituer le réseau en région Bretagne après l’arrestation de «Saint-Jean ». De plus «Guillaume» rencontra « Géo » à plusieurs reprises.

Pendant près de quatre mois, les membres du réseau recrutés en Bretagne par Louis Henri Nouveau allaient donc poursuivre leurs activités sans mesurer tous les risques qu’ils prenaient.

Action commune, des agents du réseau Pat O Leary et de ceux du B.C.R.A, membres de la mission Cockle .

Le 13 février 1943, au retour d’un raid sur Lorient, un avion Halifax, touché par la Flack, vint s’écraser au lieu-dit « Kerlescoat », entre Landeléau et Spezet, sur la route de Spezet Carhaix. De l’équipage, seul le mitrailleur arrière ne parvint pas à dégager son parachute resté accroché à l’avion et se tua au cours de la chute de l’appareil. Un des aviateurs survivant fut capturé par les Allemands. Trois aviateurs furent recueillis par Monsieur Solu, électricien à Cahraix, qui réussit à avertir Georges Jouanjean. Celui-ci vint les chercher, et Jean Bach -« Sébastien » les conduisit à Paris.

Quant à deux autres membres de l’équipage, Gordon Carter et Napoléon Barry, après avoir atterri près de la berge du canal de Nantes à Brest, ils furent aidés par des fermiers à Kerlescoat et près du Faouët qui leur donnèrent des vêtements civils. Ils passèrent par Gourin, puis atteignirent Guémené-sur-Scorff. Or, Gordon Carter savait qu’ à Pontivy, au café de la gare, il pourrait éventuellement trouver de l’aide. Il n’hésita pas à se confier au chauffeur de l’autobus qui les conduisit Pontivy, où ils se rendirent au café de la gare dont le propriétaire, Pierre Valy, était lui-même en relation avec Guy Lenfant, alias «La Panthère Noire» ou « MAB 1 ». Celui-ci, devenu agent du B.C.R.A après avoir quitté le réseau du Colonel Rémy, avait été parachuté, dans la nuit du 21 au 22 décembre 1942, avec un radio, André Rapin, alias « MAB W», dans la région de Ploermel. Il s’était vu confier par le B.C.R.A la mission Cockle*dont le premier objectif était de réceptionner des armes et du matériel de sabotage, de les entreposer en lieux sûrs et de les tenir à disposition des groupes de combat qui seraient désignés par Londres.

Après avoir constitué un premier groupe à Ploermel, Guy Lenfant s’était rendu très rapidement dans la région de Pontivy pour trouver un refuge sûr pour son radio. Il y avait recruté notamment Hubert Crévic, alias Antar, attaché de direction chez Laly, fabricant de dents artificielles, établi dans cette ville. Informé de la situation des deux aviateurs, Guy Lenfant, qui avait loué sous la fausse identité de Dubreuil, une maison Saint Méen le Grand, accepta de les héberger et de tenter d’organiser leur rapatriement par mer. Par l’intermédiaire du radio Rapin, il parvint à obtenir l’organisation d’un embarquement à partir de la côte nord du Finistère. Mais l’opération échoua. Guy Lenfant sollicita alors le père Gwénaël de l’abbaye de Timadeuc, en Bréhan Loudéac, où se trouvaient déjà trois aviateurs américains, tombés d’un autre appareil, récupérés, deux à Noyal Pontivy par le Commissaire de police Loch et Henri Clément, membres du réseau « Pat O’Leary », l’autre du côté de Ploërmel par le groupe «Cockle». Les cinq aviateurs purent être acheminés vers Paris, convoyés cette fois par Geo Jouanjean qui, ignorant les arrestations survenues, se rendit tout d’abord, seul, chez les époux Lévêque, avenue d’Orléans.

L’étau se resserre .

Or ceux-ci venaient d’ être livrés par Roger Le Neveu. La Gestapo avait monté une souricière dans leur appartement. Toutefois, quand un allemand ouvrit la porte, Georges Jouanjean parvint à s’enfuir, et à se réfugier avec les aviateurs dans un cinéma permanent où ils passèrent le reste de la journée avant de reprendre le train pour Cal1ac et Carhaix.

En liaison avec un réseau créé par Xavier Trellu, professeur à Quimper, Jouanjean parvint à organiser le rapatriement vers l’Angleterre de Gordon Carter, qui s’exprimait parfaitement en français et pouvait se faire passer pour un marin « breton ». Ce dernier embarqua donc à bord du chalutier le « Dalc’h Mad » qui quitta Treboul dans la nuit du 5 au 6 avril 1943 et parvint en Cornouailles.

Le rapport que Georges Jouanjean avait remis Carter sur l’arrestation des Levêque dont il ignorait toujours qu’elle était due à la trahison de Roger Le Neveu, ne provoqua toujours pas de message de la centrale britannique. Nous ignorons si les quatre autres aviateursqui auraient été confiés aux frè res Jean et Louis Le Manach, ont pu rejoindre l’Angleterre.

En tout cas, fin mai 1943, cinq autres aviateurs tombés d’un avion à Kergrist et à Neulliac avaient été regroupés d’abord à Noyal-Pontivy où, l’un d’eux, blessé, était soigné par le docteur Oliviero. Ils furent ensuite hébergés dans l’abbaye de Timadeuc puis, à la demande du commissaire Henri Loch, pris en charge par Le Bec, le meunier de la Pie en Rostrenen et enfin conduits chez les frères Le Manach, à Plouguer. Inquiet de ne plus avoir d’instructions de la part de Louis Henri Nouveau, Henri Loch avait d’ailleurs demandé à Hubert Crévic de faire passer le message suivant à Londres:

« Les Bretons demandent d’urgence des nouvelles de Saint-Jean ». Ce message resta également sans réponse.

Or, fin mai , Roger Leneveu, venant de Paris, était reparu Pontivy. Il se présentait aux membres du réseau comme envoyé par « Saint-Jean ». Puis, il se rendait à Rostrenen chez Le Bec, au moulin de la Pie dans l’espoir d’y retrouver Georges Jouanjean qu’il y rencontrait d’ailleurs. Celui-ci ne s’inquiétait pas de cette venue. En effet, il avait rencontré Roger Le Neveu à Paris avec «Saint-Jean», et « Le Légionnaire » lui affirmait, de surcroît, qu’il remplaçait, comme convoyeur, Val Williams- « Guillaume», que Jouanjean avait également rencontré. N’ayant aucune raison de se méfier de cet homme, « Géo » lui confiait le convoyage des aviateurs hébergés par les frères Le Manach (7). Il prévenait aussi de cette mission Henri Loch, puisque Roger Le Neveu devait passer par Pontivy avec les aviateurs.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1943, la maison où se réfugiait Georges Jouanjean, à Carhaix, était cernée par des soldats allemands en armes, conduits par Le Neveu. Si Géo parvenait, une fois encore, à s’échapper par l’arrière puis à faire prévenir la plupart de ses camarades, il ne pouvait pas, en revanche, informer le commissaire Loch Pontivy de la trahison de Roger Le Neveu .

Or, à la demande d’Hubert Crévic- Antar, qui voulait se rendre en Angleterre avec le radio André Rapin, Louis Loch avait mis «Antar » en relation avec Roger Le Neveu. Ce dernier avait accepté d’intégrer les deux résistants au groupe des aviateurs qu’il devait convoyer jusqu’ à Paris, le 11 juin 1943. Au dernier moment, et fort heureusement sans en avertir Le Neveu, André Rapin décidait de se rendre, dès le 10 juin, Paris pour revoir ses parents avant de rejoindre l’Angleterre.

Les arrestations du mois de Juin 1943.

Ce 11 juin, Hubert Crévic retrouvait Roger Le Neveu à l’hôtel des Voyageurs avant de se rendre, avec lui, à la gare . Or, Crévic emportait sur lui un relevé des cinq premiers dépôts d’armes qui avait été constitués par les membres de la mission «Cockle », deux à Gueltas, un à Kerfourn, un à Crédin et un chez l’éclusier de Timadeuc, les lieux étant présentés comme s’il s’agissait de fermes faisant du marché noir et où l’on pouvait aller se ravitailler. A la dernière minute, sur le quai de la gare, Julien Le Port alias « Le Coureur », adjoint de Guy Lenfant, amenait encore un aviateur Américain, vraisemblablement un nommé Kilius, hébergé par Gastion Lapierre, à Malestroit. Le Neveu acceptait également de prendre ce passager supplémentaire…

Selon les témoignages recueillis par Roger Le Roux, au premier arrêt, à Rimaison, deux voyageurs s’installaient de chaque côté de Crévic. Il s’agissait de deux policiers allemands qui l’arrêtèrent puis le firent descendre en gare de Saint-Nicolas-des-Eaux où se tenaient déjà, sur le quai, les six aviateurs, les bras levés (8). Contraint de monter dans une automobile, Hubert Crévic se retrouvait entre Roger Le Neveu et un officier allemand. Si ce dernier lui demandait de manière ironique :

«Le voyage n’a pas été long, n’est-ce pas ? », Le Neveu, agité comme un fou, criant: « Où est le radio ? Où est le radio ? » le bourrait de coups de poings, au point de lui casser une dent. Puis, Hubert Crévic était conduit au tribunal de Pontivy, siège de la feldgendarmerie. Comme il n’appartenait pas au réseau « Pat O’Leary » , il se défendit en prétendant : « J’ai bluffé pour partir en Angleterre. Je me suis donné une importance que je n’ai pas ».

En tout cas, si les membres de la mission Cockle qu’il avait lui-même recrutés sur Pontivy, entre janvier et mai 1943, à savoir Lucien Dubreil, alias Lulu, Paul Gloux, alias Paulo, ou vieux Paul, Gildas Le Guennec, alias Le Blanc, Alphonse Lorillec, alias Julot, Pierre Lorillec, alias Petit Pierre, durent, par précaution, quitter leur domicile, aucun d’entre eux ne fut inquiété, ni a fortiori arrêté, malgré les interrogatoires subis par Crévic .

En revanche, ce 11 juin 1943, à partir de 19 h, les arrestations des membres du réseau « Pat O’Leary » allaient se succéder à Pontivy. Tout d’abord celles d’ Henri Loch, d’ André Weinzaepflen, patron de l’hôtel des Voyageurs, d’ Henri Clément, de son fils Jean et de son gendre Pettré. Vers 20 h, les Allemands se présentaient au domicile de Pierre Ropert, 2 rue amiral Coudé. Comme il n’était pas rentré, sa femme les voyant perquisitionner, croyait qu’ils cherchaient les fusils cachés dans les murs. Elle parvenait à s’absenter pour quelques minutes et, traversant la rue, allait prévenir l’abbé Martin. Mais celui-ci, qui ne croyait pas pouvoir être arrêté ne cherchait pas à s’enfuir. Les hommes de la Gestapo l’arrêtaient donc après la perquisition infructueuse chez Ropert. Bien que revenu chez lui vers 23 h et informé de l’arrestation de l’abbé Martin, Pierre Ropert pensait qu’il lui suffisait de se rendre Penthièvre où il possédait une maison pour échapper aux poursuites. Il était arrêté le 12 juin en gare d’Auray. Joseph Jégard était arrêté le dimanche de la Pentecôte, le 13 juin.

Le lendemain, 14 juin, les Allemands, qui avaient trouvé sur Crévic la liste des dépôts d’armes et n’avaient pas été dupés par le subterfuge des fermes où l’on pourrait se ravitailler, faisaient le tour des cinq dépôts d’armes et en arrêtaient les gardiens: Joseph Tuffin, et Albert Le Moing à Gueltas, Jean Le Deit à Kerfourn, Vincent Guillot, maire de Crédin, conseiller général du Morbihan, et ses deux fils, à Crédin.

Ce même lundi de la Pentecôte, à quinze heures, alors que les vêpres commençaient, un fort contingent de S.S. motorisés surgissait, et cernait l’enclos de l’abbaye de Timadeuc , en Bréhan-Loudéac, laissant des sentinelles de distance en distance le long du mur. Un officier et quelques hommes pénétraient dans l’église (9). Le père Guénaël, qui aurait aisément pu fuir, se dirigeait droit vers eux tandis que l’office s’interrompait. Les moines étaient alors alignés le long du mur de la grange, surveillés par quelques soldats, mitraillettes en mains. Occupés à piller les réserves de nourriture, les Allemands ne procédaient pas à la fouille des locaux, ce qui les empêcha de découvrir la salle de tir aménagée dans le long sous-sol aveugle, où , à ses dires, Guy Lenfant et ses « recrues» venaient effectuer des séances de tir avec certaines des armes parachutées. Vers vingt et une heures, des militaires gradés et des membres de la Gestapo en civil arrivaient à l’abbaye et conduisaient le Père Guénaël près de l’écluse du canal, devant le tas de fagots qui dissimulait quelques huit cents kilos d’armes provenant d’un parachutage de sept containers effectué quelques semaines plus tôt pour la mission Cockle, sur le territoire de la Communauté de Timadeuc. Les armes étaient dégagées puis chargées dans des camions et le père Gwenaël arrêté. Emmené à la prison de Rennes comme toutes les autres personnes arrêtées, le père Gwénaël y subit une série d’interrogatoires avec séances de tortures .

Si Jean Clément et Pettré étaient mis hors de cause et relâchés ainsi que les fils Guillo, les quatre paysans responsables des dépôts d’armes, qui avaient avoué leur participation la constitution de ces dépôts, étaient maintenus en détention.

Après ce coup de filet, la police allemande continuait ses recherches. Au cours d’un interrogatoire, Joseph Ropert comprenait qu’un commerçant de Carhaix allait être arrêté à son tour. Comme les pontivyens emprisonnés remettaient leur linge sale à une femme recommandée par un restaurateur ami, il cachait dans son linge un papier : « Destinataire M. Solu, électricien — Carhaix Finistère — partir immédiatement vacances avec Etienne Corec ; de Baudelaire Marchais. Expéditeur Jacq Louis, rue Boncour, Laval, Mayenne ». Ce télégramme, avec un nom d’expéditeur fantaisiste, fut envoyé tel quel par le restaurateur et, selon Roger Huguen, les destinataires comprirent l’avertissement.

Quant à Georges Jouanjean, soucieux de reprendre contact avec Val Williams, dont il ignorait l’arrestation survenue à Pau, le 4 juin, lors d’un convoyage, il se rendait à Paris, le 18 juin 1943, à la deuxième adresse connue, chez Elisabeth Barbier, 72 rue Vanneau. Cette fois, il n’échappa pas la souricière tendue par les allemands. De plus, ceux-ci percèrent vite son alibi de trafiquant de cigarettes, sous l’identité de Pierre Ledréan de Lorient, en découvrant un télégramme adressé à Elisabeth Barbier qui annonçait sa venue, et signé Géo Ledréan. Il fut lui aussi transféré à Rennes puis à Angoulême.

Les arrestations de la fin août et du début septembre .

Le 30 août 1943, une deuxième vague d’arrestations achevait d’anéantir l’organisation d’évasion mise sur pied par Saint-Jean au début de l’année à Pontivy et à Rostrenen. Ainsi étaient pris Pierre Valy, patron du Grand Café, l’armurier Louis Le Frapper, le garagiste Guillaume Jouan, le docteur Oliviero, l’horloger Mathurin Le Moud et le syndic agricole Joachim Le Strat, Henri Velly, contrôleur des Contributions indirectes, qui avait hébergé André Rapin, et son fils trouvé porteur d’un « Courrier de l’Air » (10). Le même jour, Gaston Lapierre, qui avait hébergé des aviateurs tombés dans l’est du département, était arrêté, son domicile de Malestroit. Les hommes de la Gestapo ne manquaient qu’un seul agent du réseau de Pontivy : vers 5 h 30, ils s ‘étaient présentés à Locminé chez Yves Kerrand. Tandis que les allemands perquisitionnaient, Yves Kerrand, à qui ces derniers avaient demandé de faire sa valise, passait par la porte-fenêtre de sa chambre dans le jardin et parvenait à s’enfuir. En représailles, sa femme et sa fille étaient emmenées la prison de Vannes où elles restaient une dizaine de jours d’avant d’ être relâchées. Enfin, le l septembre, Louis Kerfanto, qui, travaillant dans un garage de Pontivy, avait transporté des aviateurs à plusieurs reprises, était arrêté son tour.

L’instruction de l’affaire une fois close à Rennes, les Allemands envoyaient tous les hommes arrêtés à la prison d’Angoulême, sauf Hubert Crévic, qui restait la prison de Rennes, parce que la Gestapo espérait toujours découvrir le radio Rapin qui lui avait échappé. Louis Manach s’évadait de cette prison le 4 janvier 1944. Si Jouan et Kerfanto étaient libérés, le 20 décembre 1943, presque tous les autres étaient conduits à Compiègne au début de 1944, et déportés en Allemagne dans les convois suivants :

- déporté le 6 avril 1944 de Compiègne vers le KL Mauthausen, Pierre Valy, né le 2 février 1907 à Malguenac (56), matricule 63265, transféré au Kommando de Melk puis celui d’Ebensee où il était libéré le 6 mai 1945;

- déportés le 27 avril 1944 de Compiègne vers le KL Auschwitz-Birkenau dans le convoi dit des « tatoués », arrivés le 30 avril à Auschwitz et transférés le 12 mai 1944 au KL Buchenwald:

Henri Clément, né le 9 septembre 1909 à Briennon (42), matricule 185309, transféré au KL Flossenburg, puis au Kommando d’Hersbruck où il décédait le 19 septembre 1944, il avait 35 ans;

Georges Jouanjean, né le 31 mai 1917 à Cahraix (29), matricule 185795, transféré au KL Flossenburg, où il était libéré ;

Louis Le Frapper, né le 24 novembre 1891 à Pontivy (56), matricule 185891, il était libéré Buchenwald le 11 avril 1945;

l’abbé Joseph Martin, né le 29 février 1904 à Auray (56), matricule 186031, transféré au KL Flossenburg, puis au Kommando de Mülsen où il décédait le 4 mai 1945, il avait 41 ans;

Marcel Oliviero, né le 1 avril 1912 Noyal-Pontivy (56), matricule 186148, transféré au KL Flossenburg, puis au Kommando de Leitmeritz où il était libéré le 23 avril 1945;

- déportés le 4 juin 1944 de Compiègne vers le KL Neuenganne

Vincent Guillot, né le 30 janvier 1889 à Crédin, matricule 35124, il décédait à Neuenganne le 15 janvier 1945, il allait avoir 56 ans ;

Joseph Jégard, né le 28 août 1907 à Cléguérec (56), matricule ignoré, transféré au KL Sachenhausen où il était libéré;

Jean Le Deit, né le 10 septembre 1900 à Kerfourn(56), matricule ignoré, transféré au KL Sachenhausen où il était libéré;

Albert Le Moing, né le 7 avril 1903 à ?, matricule ignoré, transféré au KL Sachenhausen où il était libéré;

Pierre Ropert, né le 29 mars 1895 à Pontivy (56), matricule 33506, transféré au Kommando de Hannover-Stöcken. Lors de l’évacuation de ce kommando, le 13 avril 1945, les SS enfermèrent des centaines de déportés, au village de Gardelegen, dans une grange, qu’ils arrosèrent d’essence avant d’y mettre le feu. Les Américains de la 9′ Armée, quand ils arrivèrent, le lendemain, trouvèrent des détenus encore vivants, que les cadavres de leurs compagnons avaient protégés. Parmi les victimes de cet assassinat de masse, le corps de Pierre Ropert aurait été identifié*, il avait 50 ans;

Joseph Tuffin, né le 9 juillet 1893 à St -Gonnery (56), matricule ignoré, transféré au Kommando de Misburg, où il décédait avant la fin 1944, il avait 51 ans;

Jean-Marie Thomas, père Gwénaël, né le 27 novembre 1899 à Plougastel Daoulas (29), transféré au Kommando de Braunsweig, où il décédait début janvier 1945, il avait 45 ans;

- déporté dans le convoi qui quittait Rennes, le 3 août 1944, Hubert Crévic né le 26 septembre 1909 à St-Gonnery, parvenait s’évader du train lorsque le convoi était mitraillé à Langeais, le 7 août 1944;

- déporté dans le dernier convoi qui quittait Compiègne, le 18 août 1944, vers le KL Buchenwald, Gaston Lapierre aurait réussi à sauter du train à hauteur de Péronne, et à échapper ainsi à la déportation .

Conclusion

Selon Airey Neave, responsable du M.I.9, au moins cinq cent Hollandais, Belges, Danois et Français qui aidèrent trois mille aviateurs tombés dans les territoires occupés par le Reich, furent fusillés ou moururent dans les camps de concentration. Un nombre égal de personnes succomba durant les années qui suivirent la Libération, victimes des souffrances et des mauvais traitements endurés en déportation.

Selon Roger Huguen, ce pourcentage élevé de pertes s’explique par la nature originale des réseaux d’évasion . Réalistes, pour ne pas dire quelque peu cyniques, les services britanniques estimaient d’ailleurs à six mois la durée de vie maximale de ces réseaux ! Au-delà de ce délai, délations, trahisons et arrestations pouvaient tout détruire, comme ce fut le cas pour le réseau « Pat O’Leary» en Bretagne.

Nombre de résistants bretons figurent parmi les disparus, les chaînes anéanties de 1941 à 1943 fournissant, à elles seules, un fort contingent de victimes, sans rapport avec les modestes résultats obtenus jusque-là . Il fallut attendre 1944 pour voir se développer des réseaux mieux aguerris. Comme le fut le réseau«Shelburne », qui en novembre 1943, succéda à la mission «Oaktree». Intégrant les «rescapés » du réseau « Pat O’Leary », tirant les leçons de ses échecs, les responsables de Shelburne parvinrent à renforcer les mesures de sécurité pour mieux préserver le système de recherche, d’hébergement et d’évacuation des pilotes alliés, des tentatives d’infiltration d’agents ennemis. Ainsi, entre le 28 janvier 1944 et le 24 juillet 1944, à partir de l’anse Cochat, située près de Plouha dans les Côtes du Nord, anse connue sous le nom de code « plage Bonaparte » furent réussies huit opérations qui permirent de rapatrier vers l’Angleterre quelques 143 personnes.

Aussi, à titre de conclusion, voici comment dans son étude « Les Réseaux de Résistance », contenue dans l’ouvrage « la France de années noires», écrit sous la direction de Jean-Pierre Azéma et de François Bédarida, Tome I page 412 éditions du Seuil 1993, Dominique Veillon évalue la portée de l’action de ces résistants :

« Dévoués et désintéressés, les combattants des réseaux ont suppléé leur inexpérience par leur patriotisme. Même si certaines de ces organisations se sont parfois apparentées à de l’artisanat, si elles ont choqué les Anglais par leur manque de professionnalisme, si les risques courus par les agents ont frisé l’inconscience, il n’en reste pas moins que les réseaux ont prouvé leur efficacité. Ces humbles efforts de centaines d’hommes et de femmes anonymes ont indéniablement contribué à la victoire des Alliés en 1944. »

Récapitulatif établi par Katherine Le Port

partir des renseignements contenus

dansle livre « Morbihan en guerre »de Roger Le Roux

Troisième Partie chapitre XII Les réseaux / « Pat O’Leary » pages 349 357

Joseph Floch imprimeur Mayenne -1978

et dans le livre de Roger Huguen « Par les nuits les plus longues »

/réseaux d’évasion d’aviateurs en Bretagne.

Chapitre Troisième : Le réseau « Pat O’Leary » et la mission Oaktree pages 183 à 251

Les Presses bretonnes- 1976

Nous reviendrons ultérieurement sur le parcours de certains des résistants de Bretagne, évoqués ci-dessus. Si vous voyez des inexactitudes, merci de nous en informer; si vous souhaitez voir mettre en ligne sur notre site des documents, photographies ou un hommage personnel à la mémoire de l’un ou l’autre des patriotes évoqués, merci de nous les transmettre.

Katherine.le-port@orange.fr

* voir notice ultérieure sur notre site

(1) Livre de Louis Henri Nouveau « Des Capitaines par milliers » Calmann Lévy Editeur, 1958.

(2) Pat O’Leary organisa son évasion du camp du Mauzac en novembre 1942, quelques jours avant son transfert en Allemagne. Ian Grant Garrow a pu regagner l’Angleterre à partir de l’Espagne.

(3) arrêté par les allemands en décembre 1941, Paul Cole livra à la Gestapo tout ce qu’il savait sur les membres du réseau dans le Nord. Puis, après avoir été condamné par la justice française pour espionnage, il fut libéré par les allemands en 1944 et intégré au S.D de Paris. En août 1944, il s’enfuit en Allemagne. Au printemps 1945, Paul Cole prétendit devant des officiers de l’armée américaine qu’il était un agent secret britannique mais il fut démasqué par un agent du M.I.9. Cole fut arrêté mais parvint à s’évader. Toutefois, localisé, il tira sur les policiers qui voulaient l’interpeller et fut abattu. ( pages 195/196 du livre de Roger Huguen).

(4) Au cours des mois de décembre 1942, janvier et février 1943, quelques 78 avions alliés auraient été abattus au dessus de la Bretagne. Rappelons que les bombardements alliés sur Lorient, entre le 21 octobre 1942 et le 13 février 1943, auraient tué au moins 206 personnes dans la population civile.

(5) Suite à une dénonciation, qui selon Roger Hugen ( page 242 de l’opus cité) ne pouvait avoir de lien avec Roger Le Neveu , César de Poulpiquet fut arrêté par la Gestapo, le 27 mars 1943 en son château de Tréfry, son épouse, absente ce jour-là échappant à l’arrestation, comme à celles qui suivirent, ayant été informée à temps. En revanche, au moins une quinzaine de personnes demeurant à Lannedern ou à Quéménéven, furent arrêtées . Lors du procès qui se déroula Quimper début juin 1943, le Tribunal militaire allemand prononçait six condamnations mort l’encontre de Césaire de Poulpiquet, Jean Crouan, Yves Le Baut, François Moal, qui s’était dit seul responsable de l’hébergement des aviateurs, la Gestapo ayant découvert sur sa ferme, sous un tas de betteraves, une malle avec les uniformes des aviateurs, François Le Bihan et René Hascoet. Selon Roger Huguen, l’intervention du sous-préfet de Châteaulin aurait permis que cette peine fût commuée en peine de travaux forcés à exécuter en Allemagne, et le 1 juillet 1943, 11 membres de ce groupe de patriotes étaient déportés NN de Paris vers le KL Hinzert. Puis, ils furent transférés dans la prison de Wittlich, et après l’abandon de la procédure NN, au KL de Gross Rosen. 8 d’entre eux allaient mourir en Allemagne :

Emile Baley, né le 4 août 1881 à Châteaulin (29), matricule 6882, décédé le 15 décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 63 ans;

René Cozanet, né le 22 juillet 1879 à Châteaulin (29), matricule 6885, décédé le 9 décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 65 ans;

Césaire de Poulpiquet, né le 12 février 1903 à Quimper (29), matricule 6901, décédé le 5 août 1943 à Wittlich: il avait 40 ans;

Jean Hascoët, né le 13 août 1887 à Quéméneven (29), matricule 6890, décédé le 15 décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 57 ans;

Yves Hascoët, né le 5 mai 1916 à Quéméneven (29), matricule 6891, décédé le 23 mars 1945 Dachau: il avait 29 ans;

Yves Le Baut, né le 22 mai 1894 à Lannedem (29), matricule 6893, décédé le 23 décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 50 ans;

François Le Bihan, né le 30 octobre 1894 à Plonevez (29), matricule 6894, décédé en décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 50 ans;

Jean-Louis Moal, né le 14 avril 1882 à Lannedem (29), matricule 6899, décédé le 25 décembre 1944 à Gross Rosen: il avait 62 ans;

Revenaient de déportation :

Jean Crouan, né le 18 décembre 1906 à Quéméneven (29), matricule 6887, libéré à Dachau, le 29 avril 1945;

René Hascoët, né le 25 février 1923 à Quéméneven (29), matricule 6891, libéré à Dachau, le 29 avril 1945;

François Moal, né le 14 avril 1923 à Lannedem (29), matricule 6897, libéré à Rollwald, le 26 mars 1945;

Quant aux femmes du groupe, Yvonne Cuzon, Marie Hascoët, Louise Le Page, et Anne -Marie Moal, elles étaient déportées NN vers des prisons du Reich, courant juillet 1943, puis transférées aux KL Ravensbrück et Mauthausen. Marie Hascoët, née le 18 août 1888 à Quemeneven (29), décédait en Suisse le 5 mai 1945, peu avant son rapatriement, les trois autres femmes, Yvonne Cuzon, née le 19 décembre 1919 à Plogonnec (29), Louise Le Page, née le 20 avril 1919 à Plogonnec (29), et Anne-Marie Moal, née le 21 août 1893 à Plounevez du Faou (29), elles étaient libérées par la Croix Rouge Mauthausen, au cours du mois d’avril 1945. ( Livre Mémorial de la déportation Tome I pages 989 et 1011) .

Geneviève de Poulpiquet, pour sa part, intégrait, dès mai 1943, les missions Oaktree, puis Shelburn, et continuait participer au sauvetage d’aviateurs alliés jusqu’ la libération.

(6)En réalité, selon les informations recueillies après guerre par Albert Guerisse -Pat O’Leary, il semble que Roger Le Neveu ait obéi, d’emblée, aux ordres de Gueydan de Roussel, agent du contre-espionnage de la Gestapo, dans le but de découvrir l’organisation d’évasion d’aviateurs dont les Allemands soupçonnaient l’existence, ainsi que permettaient de l’établir des lettres adressées par Gueydan de Roussel à l’Hôtel Majestic à Paris, siège de la Gestapo, découvertes la libération.

( 7) Souvenirs de Louis Manach sur le réseau « Pat O’Leary », ( filière de Rostrenen-Cahraix), et le traître Roger Le Neveu: N° 79 et 82 de la revue Ami Entends-tu;

(8) les aviateurs furent faits prisonniers de guerre. A notre connaissance des premiers membres du réseau évoqués ci-dessus, furent déportés Norbert Fillerin, né le 19 juin 06/1897, Paulette Gastou, née le 28 novembre 1909), Albert Guérisse, né le 05 avril 1911, Louis Henri Nouveau, né le 13 juin 1895, Alexandre Wattebled, né le 05 août 1912, les époux Levêque. Ces derniers décédaient en déportation. Albert Guérisse, malgré les tortures, avait réussi cacher sa véritable identité et resta pour les allemands un officier britannique de nationalité canadienne ce qui lui sauva probablement la vie, car les Canadiens détenaient des prisonniers allemands. En octobre 1943, Albert Guérisse fut déporté vers le camp de Neue -Bremme, puis transféré vers les KL Mauthausen, Natzweiler et en fin Dachau où il fut libéré le 29 avril 1945. Norbert Fillerin, matricule 43193, Louis Henri Nouveau, matricule 42728, Alexandre Wattebled, matricule 43187, déportés le 22 janvier 1944 vers le KL Buchenwald, revenaient de déportation, comme Paulette Gastou, matricule 24558, déportée NN le 21 octobre 1943 vers le KL Ravensbrück, libérée le 23/04/1945 par la Croix Rouge. Nous ignorons en revanche ce qu’il advint de Mme Gérard et de Jean Weidt,

Dans son autobiographie, Louis Henri Nouveau, en réponse ceux qui lui reprochaient son imprudente légèreté dans le recrutement de Roger Le Neveu, écrivait : « dans le milieu bourgeois que je fréquentais avant guerre…. j’aurais dû trouver, sans prendre aucune peine, dix jeunes gens, vingt jeunes gens de ma connaissance : je n’en ai trouvé aucun puisque j’ai dû m’adresser à un inconnu.» ouvrage cité page 391 .

Roger Le Neveu continua ses méfaits après la chute du réseau « Pat O’Leary », et selon Lucien Dumais, un des responsables de la mission Shelburne, il aurait même tenté de reprendre contact avec la nouvelle filière d’évasion. Ayant échappé à un attentat à la voiture piégée, il disparaissait jusqu’au moment où il aurait tenté de s’introduire dans un maquis de la région de Clermont Ferrand et aurait été abattu. Aucune certitude cependant sur la réalité de cette exécution. ( pages 276/277 du livre de Roger Huguen).

(9) Témoignage du frère Félix Mériadec Héno, présent ce 14 juin 1943 à l’abbaye de Timadeuc, publié dans le N° 116, pages 1 et 2 de la Revue de la Résistance Bretonne Ami Entends-tu.

( 10) Selon Roger Le Roux ( page 355 de l’opus cité), le fils d’Henri Velly aurait été déporté pour la détention de ce journal parachuté par l’aviation anglaise. Nous ignorons s’il s’agit de Yves Velly , né le 28 février 1925 à Pont Aven ( 29), déporté le 28 octobre 1943 de Compiègne vers le KL Buchenwald, matricule 30709, et qui reviendrait de déportation à une date ignorée .

Les revues Ami Entends-tu sont en ligne sur le site « Les Amis de la Résistance du Morbihan».

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